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« La jeunesse parle au commerce » : et que lui dit-elle ?

5 Min. de lecture
La jeunesse parle au commerce.

Jeudi 9 novembre dernier, la Fédération du commerce coopératif et associé (FCA) fêtait ses 60 ans et a accueilli plus de 500 invités à la Maison de la radio à Paris. Ce rassemblement, avant tout festif, n’en était pas moins studieux et rythmé par plusieurs conférences de grande qualité, animées par Églantine Éméyé.


Introduit par Jean-Pierre Dry (président de la FCA), l’événement s’est ouvert sur les mots d’Olivia Grégoire, ministre déléguée chargée des Petites et Moyennes entreprises, du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme. C’est ensuite le chef Thierry Marx, grand témoin de cette édition, qui a placé l’évènement sous le signe de l’impact social et du sens. Il a ensuite été rejoint par Carole Grandjean, ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnels qui est revenue sur les enjeux de la formation et de l’enseignement professionnel, introduisant ainsi parfaitement cet évènement organisé en partenariat avec les écoles de commerce ESCP, Neoma et IGR-IAE Rennes.

Point d’orgue de cette rencontre, la conférence nommée La jeunesse parle au commerce a fait se rencontrer 15 étudiants d’école de commerce (ESCP, Neoma, IGR-IAE Rennes) et les dirigeants de grands groupes coopératifs. Michel Edouard Leclerc (président d’E-Leclerc), Marie Arnout (adhérente Gedimat), Thierry Cotillard (Président de Les Mousquetaires), Agnès Pecoul (présidente d’Alkor) et Dominique Schelcher (CEO de Système U) se sont ainsi prêtés à un jeu de questions-réponses avec les représentants de la jeune génération.

L’exercice s’est révélé d’une grande qualité avec des questions pertinentes de la part des étudiants et des réponses sincères, bienveillantes et sans langue de bois de la part de leurs aînés. Ces derniers ont, eux aussi, pu poser directement aux jeunes les questions que tout le monde se pose : après quoi courent-ils ? Qu’est-ce que le sens pour eux ? Qu’est-ce qu’ils voudraient changer ? Quels consommateurs sont-ils ? Qu’attendent-ils des enseignes du commerce ?

Ce qui est frappant, c’est l’inquiétude qui transparaît dans les réponses de ces jeunes âgés de 18 à 24 ans. Presque tous évoquent un monde instable et un sentiment d’insécurité face à l’avenir. « On ne sait pas de quoi sera fait demain » martèlent-ils. Pour cette raison, ils attendent des entreprises un accompagnement pour pouvoir se former aux enjeux de demain, tout en restant le plus longtemps possible en sécurité.

Pour autant, ils restent optimistes et savent pouvoir faire bouger les choses. Conscient qu’il y a urgence à agir, ils veulent tout de suite avoir un impact positif sur la planète. L’entreprise est alors présentée comme une alliée de taille car, comme le fait si bien remarquer Louise, étudiante à l’ESCP : « Il y a des groupes qui, aujourd’hui, ont autant, voire plus, de pouvoir que certains pays. » Les jeunes incitent ainsi les grands acteurs du commerce à revoir leur façon de faire pour aider leurs clients à mieux consommer. Chloé, étudiante à l’ESCP encourage par exemple les entreprises à repenser le marketing pour qu’il se mette davantage au service du consommateur, pour l’accompagner vers une décision d’achat plus vertueuse.

Les jeunes se décrivent donc comme une génération en quête de sens. Un fait qu’Agnès Pecoul ne peut s’empêcher de relever et sur lequel elle les interpelle : qu’est-ce que le sens pour eux ? Que vont-ils changer ? Si la réponse se porte très rapidement sur les enjeux environnementaux et sociétaux, une autre dimension, plus personnelle, est évoquée. Pour certains étudiants, le sens se trouve dans le fait de se sentir libre de mener leur propre projet. L’intrapreneuriat est ainsi désigné comme une bonne manière de donner du sens aux jeunes générations. Ils expriment leur volonté de trouver leur place dans leur future entreprise et de participer à son enrichissement. Prendre des décisions, être autonome, apporter aux autres et faire soi-même, le tout sans entretenir un « rapport sacrificiel au travail », voilà ce qu’est le sens pour les jeunes d’aujourd’hui qui oscillent entre intrapreneuriat et entrepreneuriat.

Au travers de cette table ronde, les jeunes lancent un défi aux acteurs du commerce : celui de répondre concrètement et rapidement aux enjeux environnementaux et sociétaux de notre ère. En retour, ces derniers se disent parfaitement conscients des changements qui doivent être opérés et assurent être déjà dans une démarche de transition. « La loi est souvent en retard par rapport à ce qu’on fait déjà sur le terrain. » assure Agnès Pecoul.

Les enseignes de grande distribution, notamment, sont constamment à l’écoute des consommateurs qui, aujourd’hui, ont pour principale préoccupation la protection de l’environnement. « On serait fous de ne pas agir ! » déclare Thierry Cotillard. On comprend ainsi, que les intérêts capitalistiques rejoignent les intérêts environnementaux et sociétaux, ce que confirme Michel Edouard Leclerc : « Il est dans l’intérêt des propriétaires de magasins d’aller plus loin et plus vite sur le solaire, la sobriété énergétique, l’isolation, etc. Même pour ceux qui ne croiraient pas à cette recherche de sens, c’est un intérêt capitalistique. »

Les représentants du commerce se montrent ainsi rassurants et appellent les jeunes à rester positifs concernant leur avenir. « Car l’avenir, on le construit soi-même. » rappelle Agnès Pecoul. Et Dominique Schelcher d’ajouter que l’entreprise, de tous temps, s’est imposée comme un pilier, un repère fort, capable de changer les choses. « Oui, le monde est incertain, mais choisissez la bonne entreprise, celle qui va vous permettre de vous épanouir, celle de votre passion et dans cette entreprise vous pourrez changer les choses dans ce monde incertain. Vous y trouverez votre équilibre, votre plaisir et votre raison de vous lever chaque matin ». Ce à quoi Marie Arnout ajoute qu’en temps de crise, « la valeur sûre et immuable, qui mènera toujours un individu quelque part, est la valeur travail. » Elle invite donc les jeune à se remonter les manches et à croire en eux, en leur potentiel et en leur avenir. « Chacun de vous est un petit génie, vous avez tous une valeur ajoutée. Donc oui, tout est inquiétant, mais posons cette inquiétude et avançons. » intime-t-elle.

Pour conclure, les dirigeants du commerce coopératif et associé encouragent les jeunes à se lancer dans l’entrepreneuriat et dans les métiers du commerce qu’ils décrivent comme enrichissants et épanouissants. « Le métier de commerçant est incroyable pour ceux qui aiment les gens et le relationnel. » affirme Thierry Cotillard. Et Dominique Schelcher de conclure : « Être entrepreneur indépendant, c’est pour moi la forme de sens la plus aboutie. Ne vous trompez pas, allez directement dans l’entrepreneuriat ! »

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